Rappelons l'une des résolutions prises en 2005 : acheter un album par semaine. Résolution courageuse s'il en est, et que je compte fortement respecter.

Cette rubrique est assez amusante et mérite quelques détails. D'une part, épargnez-moi les remarques concernant la gratuité du téléchargement, j'achète mes disques par goût de la collection, et pour rémunérer aussi les artistes que j'apprécie. En outre, lorsque vous achetez un disque, et que vous voyez carte bleue se faire débiter d'une vingtaine d'euros pour un petit objet en vinyle ou autre plastique, eh bien vous conservez un rapport affectif avec l'objet. Vous prenez soin de lui, et vous êtes bien plus réceptif à son contenu…. enfin je crois… je n’en suis pas vraiment sûr.

Le plus important, c’est l’effort d’écrire une critique suffisamment argumentée qui m’intéresse en soit. Oh ! Je ne cherche pas à imiter le style élitiste, voir provocant, des inrockuptibles, je n’en suis pas capable et je ne compte pas le faire, je rêve plutôt d’imiter certaines personnes comme Vincent Bergeron ou tous ces chroniqueurs de popingays, et de l’excellentissime tatapoum. Le but du jeu consiste à découvrir de nouveaux genres, de nouveaux artistes, d’écouter autre chose qu’Interpol et R.E.M., d’élargir ma culture musicale et de vous la faire partager. Pour cela, il n’y a guère de solution, il faut passer par la critique – forcément positive – d’une autre personne. En toute logique, parmi ces 52 nouveaux albums, beaucoup proviendront des coups de cœur de Télérama, de Libé ou des Inrocks. Les autres, ce seront des conseils provenant d’amis ou d’autres personnes.

Une de mes sources préférées reste Philippe, le gérant de Disc-Over à Metz, un des rares disquaires vendant à bas prix. C’est grâce à lui que j’ai découvert « 90 Day Men », le groupe auquel je voue un culte en ce moment. J’hésitais à inaugurer cette rubrique en parlant d’eux, mais j’aurai trahi le principe de l’achat hebdomadaire. Philippe donne en général de bons conseils, donnez-lui plusieurs noms de groupes que vous appréciez, et il vous sortira une liste d’artistes/albums en adéquation avec vos goûts. En général, je lui demande « ce qu’il écoute de beau en ce moment », et il me tend deux trois disques incontournables. Il arrive assez souvent, qu’il me tende une réédition, et ce fut le cas cette semaine. La tuerie du moment donc, est un album de 1971, remasterisé dans un fort joli boîtier servant le plus souvent à stocker les dvds musicaux.

Un album qui a trente ans, cela signifie forcément qu’il y a quelque chose de pinkfloydien là dedans. Philippe évoque le krautrok allemand, parle de sonic youth, je lui demande s’il y a du rock progressif là-dedans, il me répond que CAN a été plus loin que ça…. Le progressif et le psychédélique ne sont pas vraiment ma tasse de thé, je n’échangerai jamais mes barils d’R.E.M. et des Smiths contre du Floyd ou du Doors…. Mais 2005 est l’année de la culture, et j’ai donné sa chance à l’album. Il est important de ne pas se tromper de rubrique ici-même. L’album de la semaine ne signifie pas l’album à acheter de la semaine, mes coups de cœur vous pouvez les trouver dans « ma discothèque idéale », rubrique absente à l’heure où j’écris ces lignes, mais où tu trouveras fidèle lecteur toutes les critiques de groupe que j’apprécie au plus haut point.

Car le premier album de 2005 n’est pas vraiment mon style. Le début de « Tago Mago » respire à plein nez les années 70, les guitares sont majoritaires, le chant alterne passages calmes et envolées énervées, un petit piano se fait entendre discrètement au fond pendant que la batterie bourrine fortement. Les premiers morceaux sont les plus accessibles, dès le deuxième morceau on plonge dans le côté psychédélique et hallucinogène de leur musique, la batterie assure le rôle de l’hypnotiseur en jouant lourdement, la voix sert de pendule. Le rapprochement avec la techno est sensible, difficile d’écouter cette musique sans substances toxiques dans le sang….. Le troisième morceau démarre par une explosion qui a du certainement faire son effet à tous les fans de l’époque. A ce stade de l’album, on ne peut que respecter la maîtrise technique des musiciens, les quatre premiers morceaux sont des tremplins vers la transe pour tout amateur de L.S.D. Seulement… la suite me fait plus mal au cerveau qu’autre chose. A l'image de la pochette de l'album, apprêtez-vous à avoir la tête en vrac en écoutant la suite. La longue plage « Augm » est une série de sons pour claustrophobes, de cris, d’aboiements, de violons stridents qui vous bousillent les neurones. Sans vouloir exagérer, le bruit d’une perceuse est plus doux à l’oreille. La piste suivante « Peking O » vous achèvera avec ses bruits étranges et cette voix d’outre tombe. Si jamais vous êtes fan de Twin Peaks, rappelez-vous l’ambiance de la chambre rouge, nous baignons en plein dedans, la paranoïa vous guette du coin de l’œil. Histoire de ne pas être tenu responsables de l’hystérie que peut causer cet album à toute personne saine d’esprit, le groupe a tenu bon d’insérer une charmante petite balade en tant que morceau de clôture… pour ma part cette bouffée d’oxygène arrive bien tardivement, l’asphyxie m’ayant déjà gagné depuis quelques minutes.

Alors que dire de cet album ? C’est une expérience, c’est certain. Mais ce style musical me semble bien étranger. A réserver aux rescapés de l’opium…